Deux visions du monde et... OGM !

Publié le par Olivier

Deux visions du monde existent parmi les biologistes, nous explique Pierre-Henri Gouyon, professeur de biologie évolutionniste au Muséum national d’histoire naturelle, lors des Assises du Vivant.

Pierre-Henri GouyonLa première, réductionniste,  consiste à considérer que les organismes biologiques et l’ensemble du vivant est constitué de blocs, de pièces de construction, comme un Lego, et qu’en connaissant chaque pièce et leurs interactions nous pouvons comprendre l’ensemble. L’autre vision, globale, considère que l’ensemble des organismes biologiques constitue un écosystème et que chaque entité est liée aux autres de manière interdépendante et subtile. Des propriétés de l'ensemble émergent qui ne sont pas réductibles aux propriétés de chaque constituant.

Ces deux visions s’opposent. On retrouve, exacerbées, leurs dissensions sur le front des OGM. Les réductionnistes défendent la possibilité de manipuler les gènes ou de les remplacer par d’autres afin d’octroyer de nouvelles propriétés intéressantes à l’organisme modifié. Seul est impacté par ce procédé l’organisme génétiquement modifié. Les partisans de la vision holistique, défendent de leur coté, l’idée que le monde du vivant est hautement complexe, qu’une modification génétique d’un organisme peut avoir des répercussions à travers des cycles éco-systémiques difficilement prédictibles.

Pour les uns, il faut poursuivre les recherches sur les OGM, car elles sont porteuses de solutions pour nos problèmes de production agricole et de traitement de maladies. Pour les autres, une attitude plus humble est nécessaire. Nous ne connaissons et ne maitrisons pas les implications, à toutes les échelles, des modifications génétiques réalisées, la prudence reste donc salutaire.


Cette dichotomie de la vision du monde explique en partie les polémiques sur les recherches et l’emploi des OGM. Les réactions vives sur le dernier article paru dans le Nouvel Observateur qui tente de démontrer que les impacts des OGM sur la santé ne sont pas négligeables, en est un exemple saillant. Ces réactions étant en grande partie émises parmi les biologistes tenants de la pensée réductionniste. Le financement des recherches qu’ils mènent étant conditionné par la vision qu’ont les politiques des OGM, une victoire des biologistes de l’autre camp est perçue comme une menace sur leurs crédits de recherche. Les chercheurs ne sont pas, quoi que certains en disent, et ce sujet est aussi très polémique, totalement objectifs.


La vision réductionniste du monde est un paradigme hérité du siècle des Lumières. La connaissance des briques composants les choses et les forces qui les unissent, nous permet de comprendre comment le monde fonctionne. Cette vision est encore très défendue. Les théories du chaos nous enseignent que la nature (le monde physique), ne se comporte pas de manière aussi simple et linéaire. Les chaines causales sont complexes et imprédictibles sur le long terme. C’est l’effet papillon ! Chaos-Theory, biomimétisme

Si l’on prend un organisme isolé, les conséquences d’une modification apportée peuvent être maîtrisées et prédictibles sur le court terme. Ce sont les conditions de laboratoire. Mais, une fois cet organisme replacé dans un écosystème, il se trouve en interaction avec une infinité d’autres organismes et l’on ne peut plus le considérer comme isolé. L’évolution de l’écosystème intégrant l’OGM est libre. On peut voir émerger des phénomènes nouveaux et non désirés.

Les connaissances scientifiques actuelles ne sont pas suffisantes pour modéliser toutes les conséquences de l’introduction des OGM dans l’environnement et sur nous-même. La biologie et l’éco-systémie sont des sciences très jeunes, moins de 200 ans. Si nous voulons résoudre les problèmes de production agricole, tournons-nous vers un savoir beaucoup plus ancien et qui a été testé pendant des centaines de millions d’années. Je parle de la nature !

3.8 Milliards d’années d’innovation biologique pour aboutir à un système terre qui fonctionne, qui est résilient, qui est productif. Par l’évolution, la nature a testé des milliards de modifications génétiques possibles et par la sélection naturelle, la nature a trié celles qui étaient à la fois viables, avantageuses et propices à la vie. Nous devons favoriser les choix de la nature plutôt que de croire que nous pouvons faire mieux qu’elle. L’agriculture actuellement pratiquée va à l’encontre du fonctionnement naturel des écosystèmes. Privilégions une approche biomimétique...

 

La suite ICI : Revenons à une agriculture naturelle !

Publié dans Biomimétisme

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